Collection: Eve Campestrini

De la prise de vue au travail de tirage, ma pratique se développe dans le temps long. Pour que quelque chose se révèle au delà de la forme qui est donné à voir, j’ai besoin d’installer une intimité, revenir me confronter à la matière et me laisser traverser par ce qui agit autour de moi. La pandémie m'amène à vivre entre les Caraïbes et l’Europe, cette période transforme mon regard et rapport au médium photographique. L’acte de photographier devient un outil de perception interrogeant la plasticité du réel et sa fluidité. Ma recherche joue du décalage, de la brèche, afin de faire émerger une narration secondaire dans le plan fixe de l’image photographique et questionner par la même occasion les récits qui façonnent notre habiter-monde moderne.

VORACE est une exploration visuelle entamée en chambre noire. A partir de mes archives, j’assemble des images en surimpression. Le travail en laboratoire, c’est une conversation dans l’obscurité avec la lumière et le temps. Peu à peu émerge l’imaginaire d’un conte dystopique qui peut se situer dans un lointain passé ou un futur millénaire. Dans ce récit, les images tendent à chercher des forces qui échappent à la perception. L’inversion propre au tirage de diapositives matérialise un basculement perceptif dans lequel le réel est arraché, transformé puis recomposé. Le monde est (de nouveau ?) vide, dépouillé. Des éléments primordiaux, eau, air, lumière et roche accompagnent les seules traces de vie que sont les formes humaines. S’agit il de survivants d’un monde englouti ou de figures originelles surgissant de la terre ?